La région Auvergne-Rhône-Alpes soutient les entreprises en croissance.

Interview croisée entre Laurent Rossi, chargé d’affaires développement économique Auvergne- Rhône-Alpes Entreprises et Sacha Tolegano Jourdren de l’entreprise Cluzel SAS.

Monsieur Sacha Tolegano Jourdren, pouvez-vous nous parler de votre société ?

J’ai racheté Cluzel SAS il y a un peu plus d’un an. C’est une vielle dame qui a fêté ses 125 ans en 2019. Initialement, l’entreprise faisait du modelage sur bois. Dans les années 80, Cluzel a pris le virage de la plasturgie. L’entreprise est aujourd’hui un partenaire clé du secteur automobile : pièces prototypes et moules d’injection pour les pièces thermoplastiques et mécaniques. Nous sommes spécialisés dans les pièces très techniques en plastique sous le capot moteur par exemple comme les tubulures d’admission ou les boîtes à air.

Après les mauvaises années 2008-2009, nous sommes diversifiés dans les dispositifs médicaux. Depuis, cela a pris de l’essor. L’automobile ne représente plus qu’à peine un tiers de notre activité et c’est le médical non invasif (seringues, inhalateurs, dispositifs d’injection, machines de diagnostic et de chirurgie) qui représente aujourd’hui notre marché majeur (40%).

Depuis fin 2018, nous avons fait l’acquisition d’une autre société pour élargir notre positionnement aux prototypes en petite série. Il s’agit d’une structure spécialisée dans les moules bi-matière. Nous nous développons majoritairement dans le secteur du médical et cela implique de nombreuses certifications : Iso 9001, Iso TS, lancement 13485. Nous connaissons une très forte dynamique de croissance : plus de 64% de croissance entre 2014 et 2017 et sommes la 13ème société la plus dynamique d’Auvergne Rhône-Alpes (classement 2018). Nous prévoyons de doubler notre CA par rapport à l’année dernière. Cela s’accompagne d’une dynamique d’investissement très importante avec le développement de nouvelles usines, doublée d’une forte progression de notre recrutement.

C’est grâce à Allizé-Plasturgie et à la région Auvergne Rhône-Alpes que nous existons et nous développons. Sacha Tolegano Jourdren

En effet, pour faire de la croissance il faut plus de personnes, et qui dit plus de personnes dit plus de machines. C’est une chance et un honneur d’avoir la région qui est devenue notre partenaire sur différents projets. Je crois que l’on ne se rend pas compte de tous les programmes et dispositifs existants pour les PME et ETI. Ce partenariat nous apporte énormément notamment à l’international. Sans ces aides, notre PME serait très esseulée. Cela nous offre une mise en visibilité. C’est grâce à Allizé-Plasturgie et à la région Auvergne Rhône-Alpes que nous existons et nous développons.

Monsieur Laurent Rossi, pouvez-vous présenter l’Agence économique régionale que vous représentez ?

C’est une association à but non lucratif, financée principalement par la Région et entièrement consacrée à la dynamique et à la réussite industrielle du territoire. Elle est l’opérateur du développement économique en Région pour comprendre les besoins des entreprises et les accompagner à tous les stades de leur développement. Nous travaillons sur des montages de projets concrets.

Notre mission est de proposer à une cible d’entreprises (PME industrielles et de services à l’industrie) un accompagnement pour faciliter et sécuriser les projets de développement. Qui dit croissance dit projets d’investissement, RH, de formation, SI, stratégie, international, innovation, besoin de financements, (etc.).

Nous exerçons cinq métiers : le développement économique, l’international, l’innovation, l’emploi-formation-recrutement-apprentissage et l’attractivité. Nous sommes environ 130 collaborateurs et disposons d’une antenne dans chaque département de la région. Nous travaillons en partenariat avec tous les acteurs régionaux du développement économique : les organisations professionnelles, les chambres consulaires, les communautés de communes, les organismes de financement…

Comment êtes-vous entrés en relation ?

STJ : Via le projet industrie du futur et le programme régional d’accompagnement investissement. Je suis allé vers eux et j’ai été mis en relation avec Laurent.

LR : Et c’était une belle découverte. Nous avons la chance de faire un métier extraordinaire : rencontrer des entreprises formidables et découvrir des savoir-faire industriels et des compétences très pointues. J’ai affaire à des personnes toujours passionnées et j’apprends tous les jours dans mon métier.

STJ : Si on entreprend en France c’est que l’on est passionné, car ce n’est pas toujours facile.

Notre région dédie des moyens spécifiques via des aides directes, mais aussi en cofinançant l’accompagnement des entreprises via des experts, consultants, dans le cadre de programmes régionaux. Laurent Rossi

Comment avez-vous commencé à travailler ensemble ?

LR : On a fait un point sur la stratégie et les projets en cours. Il faut en effet hiérarchiser les priorités. Nous nous sommes concentrés sur les bâtiments et l’investissement et travaillons également sur l’international.

STJ : Cela se traduit concrètement par une aide financière à l’investissement.

LR : Notre région dédie des moyens spécifiques via des aides directes, mais aussi en cofinançant l’accompagnement des entreprises via des experts, consultants, dans le cadre de programmes régionaux.

Pouvez-nous nous parler de la démarche de conventions de partenariat avec les entreprises ?

LR : A ce jour plus de 200 entreprises régionales à fort potentiel de croissance ont signé une convention de partenariat tripartite entreprise/région/agence. Les établissements Cluzel en font partie. Ces conventions comportent des engagements réciproques, les entreprises disposant d’un soutien plus important et d’une offre spécifique.

STJ : En effet l’entreprise s’engage. Le plus important c’est la mise en réseau. Dès qu’il y a un événement, une mise en relation, il faut répondre présent : c’est un écosystème que l’on crée ensemble. Il s’agit de partages d’expérience.

Par exemple quand je monte deux usines, il y a forcément des choses auxquelles je ne pense pas qui me seraient utiles. On va tous vivre les mêmes difficultés. Les phases de forte croissance sont compliquées à gérer.

Je suis très bien entouré. Mais on a envie de parler avec des personnes qui sont dans les mêmes conditions. De partager les difficultés, de trouver des solutions dans la mise en relation. Ce n’est pas très différent de ce que je ressens chez Allizé-Plasturgie et c’est complémentaire.

Nous sommes une vitrine pour la région. Cela prend du temps mais je ne vois pas comment faire différemment.

J’ai aussi envie de parler de formation. J’ai un projet de centre de formation diplômant au sein de mes usines. Il existe une formation de base BTS qui a disparu il y a deux ans. C’est très pénalisant. Notre profession fait trop peu d’efforts pour promouvoir nos métiers et nous manquons de candidats. Alors les entreprises doivent s’engager auprès des formations académiques. L’idée est de délivrer la formation académique au Cirfap et la partie technique chez nous.

Nous accueillons 10 apprentis chaque année. Et je me rends compte du décalage quand ces jeunes arrivent dans les entreprises. C’est une évidence par rapport à l’achat de nouveaux équipements dont il faut être capable de faire la maintenance.

Dans nos pyramides des âges, les plus anciens sont titulaires de CAP et les plus récents au minimum titulaires d’un BTS. On monte dans les exigences académiques : IUT, école d’ingénieurs car nos métiers sont de plus en plus complexes. Et pourtant en matière d’orientation, il s’agit souvent de personnes qui ont des difficultés en classe. C’est pourquoi il est stratégique pour notre pays que des entreprises deviennent partenaires de l’éducation nationale sur la formation des futurs techniciens.

Dans notre société aujourd’hui, le collaborateur c’est un compagnon de vie avec un cadre plus ou moins rigide qui a un contrat.

Les nouvelles générations ont beaucoup d’activités extra-professionnelles, elles ont besoin d’espaces. J’ai la conviction que l’entreprise devient un environnement de vie.